Les 45 jours de crise avec Rabat : comment l’accueil de Ghali s’est soldé par un conflit de solution difficile

Un mois et demi après l’hospitalisation du leader du Polisario en Espagne, son départ menace désormais d’accroître encore les tensions avec le Maroc.

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Le leader du Polisario Brahim Ghali en 2017.AFP

Logroo, Ceuta, Madrid et Rabat. Les quatre bords de la plus grande crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc ces dernières années. L’accueil du leader du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital de La Rioja sans préavis au royaume d’Alau a déclenché une série d’avertissements, d’accusations et de « conséquences » dont 45 jours se sont écoulés sans solution apparente. .

Les tensions ont atteint leur plafond avec l’entrée massive à Ceuta, le 17 mai, de milliers de personnes en provenance du Maroc après que le pays a ouvert ses frontières avec la ville autonome. L’armée a été déployée au manque de contrôle causé dans la région, où il n’a pas encore été possible de retrouver complètement la normalité et les jeunes continuent d’arriver sous la fausse idée que le poste frontière est ouvert.

Désormais, la sortie de l’hôpital de Ghali et son départ d’Espagne aux premières heures de ce mercredi vers l’Algérie sans mesures conservatoires menacent de provoquer un nouveau niveau de tension dans les relations entre les deux pays, fragilisées depuis un mois et demi.

  • 18 avril. A 22h50 et sous une fausse identité, Brahim Ghali est entré à l’hôpital de San Pedro de Logroo pour se faire soigner du coronavirus. Quelques heures avant qu’il n’ait atterri à Saragosse.
  • 24 avril. Le conflit éclate. Le Maroc convoque en urgence l’ambassadeur d’Espagne, Ricardo Dez Hochleitner Rodriguez, « afin d’exprimer son malaise » d’avoir accueilli Ghali à Logroo. Le gouvernement espagnol le justifie par des « raisons humanitaires » et la ministre des Affaires étrangères, Arancha Gonzlez Laya, exclut que l’affaire nuise aux relations entre les pays.
  • 25 avril. Accueillir le leader du Front Polisario est « contraire » au « bon voisinage », s’exprime-t-on depuis Rabat. Au Maroc, ils sont « déçus » par l’attitude de l’Espagne, qui n’a pas communiqué la présence de Ghali.
  • 1 mai. Suivez les avertissements du Maroc, qui demande – par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Naser Burita– si l’Espagne « souhaite sacrifier sa relation bilatérale » pour le cas de l’accueil de Ghali. « Avec les partenaires ça ne se manoeuvre pas par derrière », prévient-il.
  • 17 mai. Environ 8.000 personnes – dont des centaines d’enfants – franchissent les frontières de Tarajal et Benz, à Ceuta, pendant 48 heures au cours desquelles les autorités marocaines ont ouvert les accès et facilité le passage. Cette vague massive, qui fait deux morts, déclenche une crise migratoire historique dans notre pays.
  • 18 mai. L’ambassadeur du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, demande à l’Espagne d' »assumer » les conséquences de ses actes, après que Rabat exprime depuis des semaines son mécontentement face à l’accueil à Logroo de Ghali. L’armée est déployée à la frontière de Ceut et Pedro Snchez, qui s’y rend, promet de défendre « l’intégrité territoriale de l’Espagne avec les moyens nécessaires ».
  • 19 mai. L’Union européenne prend la défense de l’Espagne et met en garde le Maroc sur les frontières de Ceuta, qui sont aussi celles du Vieux Continent : « L’Europe ne se laissera intimider par personne ».
  • 20 mai. Le Maroc communique que son ambassadeur en Espagne, qui a été appelé à Rabat en raison de la crise diplomatique, ne rentrera pas en Espagne tant que Brahim Ghali reste dans notre pays et ne répond pas à la Justice.
  • 21 mai. Rabat redouble de tensions et prédit que la crise entre les deux pays va « s’aggraver » si Ghali quitte l’Espagne « comme il est entré ». Le royaume d’Alau demande « que la loi espagnole soit appliquée » et exige que le leader du Polisario soit tenu responsable des affaires ouvertes qu’il a devant la Haute Cour nationale.
  • 23 mai. Le départ de plus en plus rapproché de Ghali d’Espagne devient le centre de la crise. Malgré le fait que Gonzlez Laya insiste sur le fait que le gouvernement a « de nombreuses conversations » de nature discrète avec le Maroc, son homologue le dément : « Contrairement à ce que dit le ministre, non.
  • 27 mai. Le Maroc annonce de nouvelles « conséquences » contre l’Espagne pour la question de la chara, « une cause sacrée du peuple marocain ».
  • 31 mai. Sanchez répond à Rabat, après que le Maroc a admis que la crise vient de l’Espagne ne soutenant pas l’annexion de la Shara occidentale : « L’assaut aux frontières n’est pas admissible », explique le président, en raison d’un problème de politique étrangère.
  • 1 juin. L’Espagne expulse un avion algérien qui a survolé la péninsule et qui attendait d’atterrir pour récupérer Ghali avant sa sortie imminente de l’hôpital et après le refus de la Cour nationale d’imposer des mesures conservatoires contre le leader du Polisario pour ses dossiers judiciaires ouverts dans notre pays . L’avion, un Gulfstream G-IV de l’armée de l’air algérienne, ne disposait des autorisations nécessaires pour atterrir sur aucun aéroport de la péninsule.
  • 2 juin. Vers 1h00 du matin, Brahim Ghali quitte l’Espagne à bord d’un vol au départ de l’aéroport de Pampelune. Son destin, cette fois oui, être l’Algérie. Le mouvement de nuit a été autorisé par le gouvernement espagnol et le Maroc a été rapidement informé de l’opération.