Don Juan Carlos : « Maintenant, je dois penser à mes funérailles »

Ainsi se termine le livre de Laurence Debray, ‘Mon roi déchu’, déjà en vente en France. L’Emrito a fait ce commentaire « ému par les funérailles de Philippe d’Edimbourg »

Le roi Juan Carlos, dans un acte à l'Académie des beaux-arts de San Fernando en 2017.
Le roi Juan Carlos, dans un acte à l’Académie des beaux-arts de San Fernando en 2017.ALBERTO DI LOLLI
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Ne pensez pas que Juan Carlos est malade ou obsédé par la mort. Laurence Debray, qui lui a rendu visite en Emirats Arabes Unis, je l’ai trouvé avec « une apparence sereine et un visage sain ». Comptez-le dans Mon roi déposé, son livre maintenant en vente chez La France. Mais voici la dernière page, juste avant les remerciements :

« Je l’appelle quelques jours plus tard pour le revoir. Mon appel tombe à un mauvais moment. Ils sont toujours très excités par les obsèques du prince Philippe d’Edimbourg, son cousin éloigné », raconte l’auteur. Il retranscrit alors les deux phrases qu’il échangea avec le monarque emrito :

– Ça a été superbe, vraiment très excitant et élégant.

– Au Espagne il enfouit aussi bien.

– Les funérailles de mon père étaient très belles. Maintenant, je dois penser au mien.

L’auteure conclut par deux questions bien à elle : « L’Espagne organisera des funérailles à sa convenance ? Qui ira ?

Une fin fantasque et cohérente avec le ton hagiographique du texte par une admiratrice de l’œuvre politique du père de Felipe VI, qui trouve sa situation actuelle injuste. « Juan Carlos personnifie l’Espagne démocratique. J’ai presque honte de l’Espagne, qui agit en digne héritière de l’Inquisition et se fiche de l’image qu’elle projette sur la scène internationale. S’il a un accident, ils se plaindront de payer l’hôpital. facture ou de rapatriement ? « 

Nous sommes un dimanche du premier confinement lorsque le téléphone de l’auteur sonne. Elle décroche « sans regarder qui appelle ». C’est Juan Carlos…

« Je lisais un article dans lequel vous dites que si j’étais mort avant la chasse au Botswana, je serais mort en héros. Mais, vous savez, je me sens très bien… »

L’auteur constate, à sa grande surprise, que le roi émérite « suit l’actualité à la télévision mais n’a jamais vu de série ». On arrive ainsi au chapitre VIII qui s’intitule « Est-ce l’île d’Elbe ou celle de Santa Elena ? Il fait allusion au premier exil de Napoléon, d’où il s’est échappé pour reprendre le pouvoir dans une campagne éclair qui s’est terminée à Waterloo… et dans son deuxième exil sur l’île de l’Atlantique Sud où il est mort.

L’auteur retrouve son « roi expatrié. Libéré de son image et de son royaume ». Situation qui semble produire des « effets réparateurs ». Oui, habillé en « touriste américain, banquier de Manhattan, à sa retraite de Floride. Je ne sais pas si le polo est trop grand pour lui ou s’il a perdu beaucoup de poids ». Certain. Juan Carlos avoue : « J’ai perdu 12 kilos ».

Debray constate que « son visage n’est plus gonflé par les médicaments. Ses mains, comme toujours, fines et soignées. Elle a l’air sereine et a un visage sain, légèrement bronzé. La seule chose qui me surprend, ce sont ses yeux. Avant d’un bleu brillant, ses pupilles ont été voilées d’un gris clair. »

Juan Carlos préserve « ses manières de gentleman (…) parle de la situation délicate dans laquelle il se trouve et, avec modestie, des amis qui lui ont tourné le dos. Même ceux qui lui doivent richesse et gloire. Il ne se plaint de rien. »

« Nous devons pouvoir parler de leur avenir – un avenir incertain, en suspens – nous parlons du passé », écrit l’auteur.

– Qu’est-ce que le Leader?

– Une classe moyenne. Sans elle, je n’aurais pas pu faire la Transition.

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