Ceuta et Melilla: que dit le traité de l’OTAN et qu’attend-on du sommet

L’Espagne pourrait invoquer le traité pour défendre les deux villes autonomes puisqu’elles font partie de l’intégrité territoriale de l’Espagne, contestée uniquement par le Maroc

Des agents de sécurité testent un drone dans les installations du Centre de coordination
Des agents de sécurité testent un drone dans les installations du Centre de Coordination, sur le site Ifema.Kiko HuescaEPE
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Ceuta et Melilla, une fois de plus à l’honneur. Les deux villes espagnoles occupent à nouveau le devant de la scène à l’occasion du sommet de l’OTAN qui se tient cette semaine à Madrid. Les questions qui se posent par rapport aux deux territoires espagnols et européens les plus exposés à la poussée migratoire et même à la menace jihadiste qui s’enflamme dans le sahel surgir dans le débat public.

Qu’établit le traité de Washington ?

Conformément à l’article 5 du Traité, les nations membres de l’Alliance conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles, qui a lieu dans L’Europe  ou dans Amérique du Nordêtre considéré comme une attaque dirigée contre eux tous.

Quelle est la zone géographique couverte par le traité ?

L’article 6 précise que sera considérée comme attaque armée contre une ou plusieurs des nations alliées toute attaque survenue contre le territoire de l’une d’entre elles en Europe ou en Amérique du Nord, contre les départements français d’Algérie (l’indépendance de l’Algérie ayant cessé d’exister en 1962), contre le territoire de la Turquie ou contre les îles sous la juridiction de l’une des Parties dans la région de l’Atlantique Nord au nord du Tropique du Cancer.

Ceuta et Melilla sont-elles incluses dans cette définition ?

Non. Les deux villes espagnoles sont théoriquement en dehors du territoire couvert par le traité de Washington car ce sont des enclaves situées sur le continent africain. Il n’en va pas de même pour l’archipel des Canaries, qui relève de la définition des îles espagnoles situées au nord du tropique du Cancer.

L’Espagne aurait-elle le soutien de l’OTAN si Ceuta et Melilla étaient attaquées ?

Pendant les 40 ans que l’Espagne a été membre de l’Alliance, cette question a toujours reçu deux réponses : celle de ceux qui lisent strictement l’article 6 du Traité et excluent donc les deux villes du parapluie protecteur de l’Alliance, et celle de ceux qui préfèrent focalisent l’attention sur l’article 4 selon lequel les alliés se consulteront lorsque, de l’avis de l’un d’eux, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties est menacée.

L’Espagne pourrait-elle invoquer le Traité pour défendre Ceuta et Melilla ?

Oui, il pourrait le faire en utilisant l’article 4 du Traité de Washington, en tenant compte du fait que les deux villes font partie de l’intégrité territoriale de l’Espagne – discutée uniquement par le Maroc – et par conséquent qu’elles sont un territoire de l’Union européenne. En outre, il pourrait utiliser l’initiative de sécurité et de défense de l’UE qui inclut Ceuta et Melilla en tant que villes espagnoles et communautaires.

Peut-on s’attendre à une modification du traité pour clarifier le statut des deux villes ?

L’Espagne n’a jamais demandé une modification du Traité parce qu’elle n’a jamais douté que l’Alliance protégerait son intégrité territoriale, c’est-à-dire chaque pouce de terre sous sa souveraineté. Il est possible, cependant, que le nouveau concept stratégique à approuver à Madrid comporte expressément ce principe, qui suffira à dissiper les doutes soulevés par la lecture littérale du traité. Une mention expresse de Ceuta et Melilla à la demande de l’Espagne ouvrirait un front de friction avec le Maroc.