Le plan de Sánchez pour faire baisser l’électricité : « prix frontières » avec la France pour calmer l’UE et amendes de 60 millions aux compagnies d’électricité

C’est ainsi qu’il apparaît dans le projet qui réglemente le mécanisme visant à limiter le prix du gaz que l’Espagne et le Portugal enverront cette semaine à Bruxelles.

Pierre S
Pedro Snchez s’entretient avec le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, et le président chypriote, Nicos Anastasiades, vendredi à Bruxelles.

Le mécanisme conçu par le gouvernement espagnol pour intervenir sur le prix de l’électricité en limitant le coût des centrales électriques au gaz prend forme après que l’Union européenne a accepté d’accorder à l’Espagne et au Portugal le traitement spécial « d’îlot énergétique » pour appliquer des mesures individuelles contre d’autres pays. Les deux gouvernements travaillent sur des propositions depuis des semaines et le travail s’est accéléré ces derniers jours pour arriver avec les devoirs faits à la Conseil européen depuis vendredi dernier.

Le Gouvernement a obtenu l’aval de ses partenaires, mais il lui faut maintenant définir de toute urgence son mécanisme d’intervention et le transmettre au Commission européenne pour votre examen et votre approbation. Ce sont des mesures d’une complexité technique énorme et l’objectif est d’éviter une nouvelle bévue réglementaire comme celle que le pays a subie en septembre dernier avec le « hachazo » au profit des compagnies d’électricité qu’il a fallu suspendre un mois plus tard.

La grande crainte de Bruxelles est que l’intervention espagnole brise l’unité du marché en Europe et fausse le prix de l’électricité dans les autres pays. Pedro Sánchez a défendu ces derniers jours que le risque ici est minime car la capacité de l’interconnexion électrique avec la France atteint à peine 3%, mais cet argument est insuffisant et la Commission demande des mécanismes techniques qui limitent vraiment l’effet de la proposition sur la péninsule Ibrica. Et ce mécanisme s’appellera « prix frontière »selon les documents techniques circulant ces jours-ci entre Madrid et Lisbonne auxquels EL MUNDO a eu accès.

La mesure consiste à établir un double prix de l’électricité sur le marché espagnol par le biais de deux enchères différentes. Le premier se fera simultanément avec d’autres marchés européens et établira ce « prix frontière » qui régulera l’interconnexion électrique avec le voisin français. Ensuite, l’Espagne organisera une nouvelle vente aux enchères au cours de laquelle les compagnies d’électricité centrales au gaz et au charbon Ils utiliseront déjà le prix limité du gaz fixé par le gouvernement espagnol – encore indéfini – et qu’ils verront ensuite compensé dans un poste imputé sur la facture d’électricité des consommateurs nationaux. De cette manière, le prix de gros de l’électricité en Espagne sera nettement inférieur à celui enregistré à la frontière et celui-ci, à son tour, sera assez similaire à celui des autres marchés européens.

La question des interconnexions a été l’une des plus complexes et délicates analysées par les techniciens du système électrique en une semaine frénétique au niveau énergétique. Les textes techniques élaborés conjointement par les gouvernements espagnol et portugais dans le cadre de la Opérateur du marché ibérique de l’électricité (Omie) En fait, ils incluent une situation particulière pour l’interconnexion française qui inclut la limitation de la quantité d’électricité exportée vers le pays voisin pour éviter les arbitrages frontaliers, comme l’a rapporté ce journal vendredi dernier.

Il s’agit d’une situation unique dans une Europe aux frontières ouvertes et, en raison de son caractère exceptionnel, limitée à trois mois maximum. Pour cette raison, les entreprises espagnoles ne pourront vendre à la France que l’énergie qu’elles proposent lors de la première enchère, c’est-à-dire celle qui se traduira par des prix similaires à ceux du reste du continent. Cela évite la tentation potentielle des entreprises de produire plus d’électricité avec du gaz subventionné en Espagne et de la vendre à un prix beaucoup plus élevé sur d’autres marchés européens.

L’idée des gouvernements espagnol et portugais est d’utiliser le prix fixé par le Marché du gaz ibérique (Mibgas) comme index pour régler la compensation. Le texte prévient les compagnies d’électricité que toute manipulation de leurs offres pour obtenir une plus grande compensation du consommateur espagnol sera considérée comme une « infraction très grave » à la loi sur le secteur de l’électricité. En d’autres termes, le projet menace de sanctions pouvant aller jusqu’à 60 millions d’euros aux entreprises propriétaires des centrales thermiques à gaz, à charbon et de cogénération pouvant bénéficier de la mesure.

Des sources du secteur de l’électricité expliquent que le projet avec lequel l’Espagne et le Portugal travaillent est encore sujet à changement et pourrait être modifié dans les prochains jours. L’intention du gouvernement est de l’envoyer cette semaine à Bruxelles pour obtenir son soutien et qu’il entre en vigueur « dans trois ou quatre semaines », comme le précise elle-même la vice-présidente. Thérèse Rivera. Bruxelles a promis ce vendredi de procéder à une évaluation rapide des mesures, bien que les techniciens consultés par ce journal regrettent la précipitation et préviennent qu’il s’agit de questions extrêmement complexes qui pourraient entraîner des effets collatéraux indésirables s’il y a une erreur minimale dans leur réglementation. Pour cette raison, l’exécutif demande dans ce cas, et contrairement à la coupe de septembre, que la mesure soit convenue avec les compagnies d’électricité pour éviter d’éventuels litiges.