L’avancée imparable du dépeuplement : 36 provinces espagnoles ont perdu des habitants l’année dernière

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  • Économie Sans-abri, sans emploi et infrastructures : la crise frappe à deux reprises les jeunes dans une Espagne vide

À Lara, un bénévole de la Croix Rouge qui fait des visites dans les villages, il n’oublie pas ce que cette dame lui a dit : « Sais-tu ce que je fais quand j’ai 85 ans ? Je me lève et j’ouvre la fenêtre. Pour qu’ils sachent que je suis vivant, au moins.

L’Espagne seule.

La vache d’Espagne.

L’Espagne dépeuplée.

Les citations sont dans un rapport de la Croix-Rouge austère, pas très accommodant et finalement constructif qui, plus que le combien, a retracé le qui et le pourquoi de la dépopulation nationale. Il n’y a pas beaucoup de concessions dans les 149 pages de cette cartographie humaine rurale : « De vastes zones peu peuplées par une population de plus en plus vieillissante et masculinisée, sans emploi ni accès aux services de base, dont la santé et l’éducation (…) cercle de perte de population / démantèlement de services / perte de population, pour le remplacer par le cercle vertueux renforcement des services / attraction de population / renforcement des services ».

Autrement dit, une centrifugeuse qui vide les villes parce qu’il n’y a pas de services ou d’opportunités de base et qui n’a pas de services ou d’opportunités de base parce qu’elle se vide.

Et ce qui fait de nombreux prisonniers : les personnes âgées, les chômeurs de longue durée, les aidants informels sans revenus, les migrants, les victimes de violences sexistes, les enfants sans école adéquate et un profil surprenant de nouveaux colons qui se heurtent à un monde plein de déficiences structurelles.

Ce sont des jeunes avec une formation académique qui restent, reviennent ou viennent en ville de la ville pour changer de vie et tentent de monter des projets entrepreneuriaux, mais… » ils trouvent des faiblesses de connectivité entre les zones dépeuplées, les déficits routiers, les transports en commun ou Internet connexion, ce qui conduit à la marginalisation des flux économiques ». Tout cela couplé à l’augmentation du coût et de la rareté des logements, à l’insuffisance des services ou encore aux univers de loisirs réduits.

Est-ce qu’il a dit Frédéric un jeune qui a cru un jour au rural : « Il y a un garçon qui a 120 vaches là-bas, il y a de très bonnes écuries. Et l’autre jour il m’a dit : ‘Regarde, Fede. fait ce bloc ici qui m’a coûté je ne sais pas combien, mais je n’ai pas de lumière, pas de télévision, pas d’internet, pas de route, pas de piste. Rien. Je n’ai rien.

Tout est dans Vulnérabilité sociale dans l’Espagne dépeuplée, un document préparé par la Croix-Rouge sur le terrain. Dans la présentation, ce mercredi, de travail ils accompagnent la Croix-Rouge, le Fédération espagnole des communes et provinces, Poste, la Fondation Telefonica et le gouvernement à travers le Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique.

Le rapport commence par quelques chiffres propres ou tirés d’autres études :

La moitié des communes espagnoles sont menacées d’extinction.

Au cours de la dernière année, 36 provinces espagnoles ont perdu de la population.

Dans 14 provinces, 80% de leurs communes ne dépassent pas 1 000 habitants.

Deux personnes sur trois qui quittent l’Espagne rurale sont des femmes.

Trois habitants d'Arconada (Palencia), une ville de moins de 50 habitants.
Trois habitants d’Arconada (Palencia), une ville de moins de 50 habitants.JAVIER BARBANCHO

Ceux qui restent et ceux qui partent

Qui émigre et dépeuple ? Les jeunes en fin de CETTE; les femmes qui voient dans la ville plus de possibilités de conciliation, de droits reproductifs, d’égalité et d’opportunités pour leurs enfants ; les adultes qui trouvent de meilleures conditions de travail en ville ou les personnes âgées qui restent seules et sans services ni soins de santé.

Qui rester ou se repeupler ? Les personnes de plus de 65 ans, les immigrés en situation précaire, les enfants plus âgés qui s’occupent de leurs parents ou de leurs biens, les personnes en chômage de longue durée en ville.

Le rapport assure que l’emploi demandé par les nouvelles industries qui exploitent le rural est « précaire, temporaire, intensif, dur et parfois dangereux, et il ne s’accompagne pas de politiques de protection des travailleurs ».

Pour la Croix-Rouge, ce n’est pas que l’argent n’est pas injecté sur le terrain, c’est qu’il est mal injecté. Car, bien que la législation soit positive, « les politiques publiques n’ont pas été consultées avec la société et les entités locales, et elles profitent aux grandes entreprises, qui n’ont aucun lien avec la réalité des gens ».

Les habitants de l’Espagne sans habitants vivent en chaîne : certains services de base dépendent d’autres et quand l’un disparaît cela entraîne un autre à la disparition. « La rareté ou l’absence des services de base décourage ceux qui veulent vivre en ville : c’est la cause et la conséquence du dépeuplement.

Et il y a beaucoup de choses.

Éducation : villes sans écoles, écoles éloignées et classes d’âges mixtes.

Services sociaux : ils ne sont présents qu’en amont de la région, ils sont inconnus et ils envoient leurs travailleurs dans les villes une fois par mois.

Logement : il est cher et rare à vendre ou à louer. « Il n’y a pas de politique publique d’habitat ou de réhabilitation à la campagne. L’accès doit être favorisé par l’Etat, limitant les dynamiques commerciales, car c’est un droit. »

Santé : il y a généralement des centres de santé dans les villages, mais quand un spécialiste est nécessaire, il y a des problèmes. Cela arrive même à la ville de Teruel. Dans certaines cliniques ambulatoires rurales, il n’y a plus d’espace pédiatrique.

Transports : routes étroites et sinueuses, déficits d’infrastructures, zones physiquement et symboliquement déconnectées… « Une réalité inquiétante.

Un V
Une route abandonnée à Baza (Grenade), une ville où la perte du train a contribué à réduire la population.ALBERTO DI LOLLI

Problèmes de transport

Est-ce que ce qui arrive à Helga, une femme de Viana (Navarre). « Regardez, l’autre jour j’ai fait une radio du bras et une échographie des genoux. March de Viana à neuf heures et quart, et j’avais rendez-vous à cinq. Le bateau, jusqu’à ce qu’il remonte dans le bus à six heures. Tu peux aussi prendre un taxi, mais, ma fille, c’est 100 euros ! »

Tout cela génère des groupes vulnérables…

Les personnes âgées : elles sont exposées à la solitude, à l’isolement, à la dépression ou au déclin cognitif.

Les jeunes : ils ont peu d’opportunités d’emploi et de formation. Le rapport appelle à « un système universitaire rural où il n’est pas nécessaire d’assister en personne, avec des études qui ont une application dans ce territoire ».

Femmes vulnérables : victimes de stéréotypes, manque de conciliation ou peu de reconnaissance de leur rôle dans l’économie productive. Et de violences sexistes avec moins de protection car il y a un manque d’anonymat, de stigmatisation et des carences dans la prévention et l’accès à l’aide ».

Personnes handicapées : architecture inadaptée, lenteur dans la loi sur les dépendances… Un constat : les associations ont moins accès aux deniers publics qu’avant la crise de 2008.

Migrants : viande de précarité et de racisme. « Une partie de la société (également influencée par certains discours politiques) perçoit les étrangers comme des envahisseurs et des concurrents pour l’aide sociale.

Chômeurs de longue durée et hommes célibataires : ils étaient veufs ou n’ont jamais eu de partenaire ni d’enfants, et la crise de 2008 les a laissés sans travail ni revenu. Beaucoup ont besoin d’aide sociale pour survivre et la vivent comme quelque chose de honteux. Qu’ils aient de l’argent ou non, beaucoup souffrent de solitude et d’isolement.

Et les gens LGTBIQ, population rom, minorités ethniques…

Que faire

Le rapport pointe le « potentiel » du domaine en matière de tourisme durable, d’éco-agriculture, d’énergie renouvelable ou emploi vert. Et télécharger une batterie de « recommandations » pour le gouvernement central, le LACC et les Conseils municipaux. Par exemple, Pacte d’État pour le développement rural, abrogation des lois qui « désactivent les politiques des entités locales », reconnaissance d’internet comme service public, crédits d’impôt pour les entrepreneurs ruraux, autonomisation du télétravail ou de la télé-études, amélioration de l’emploi des agents de santé…

Et quelque chose qui résume la philosophie de la lutte contre l’Espagne dépeuplée : « N’attendez pas que le développement économique soit généré pour générer des services publics.

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