Jordi Snchez a succombé à la trahison de Borrs et Turull : « Il est parti avant qu’ils ne le virent »

Ses bourreaux peinent à diriger le parti et Gir se profile comme candidat à la Generalitat

oui
Sánchez, Borrs et Turull dans un acte électoral de Junts.EFE

Il est parti avant qu’ils ne le chassent. Je n’avais aucun soutien pour vaincre le congrès. Cela résume grossièrement chez Junts les motifs de la démission de Jordi Sánchez au secrétaire général du parti. L’ancien président de l’ANC n’achèvera pas deux ans à la tête de la salle des machines du parti que lui confie Carles Puigdemont, après avoir succombé à la trahison des deux familles qui, en pratique, dominent aujourd’hui le parti.

Sánchez pensait qu’il pouvait léviter au-dessus de ces factions, exerçant un commandement aux accents de chef, sans s’entendre sur ses décisions avec le légitimistes -qui se rassemblent autour de Laura Borrs et Quim Torra- ni avec le postconvergent -dirigé par Jordi Turull-, mais peu de temps a suffi pour lui prouver le contraire.

Sans plus d’appui que l’autorité que le fugitif lui avait conférée pour tenter d’apaiser les luttes intestines restées latentes sous ses ordres, Sánchez a perdu tout crédit en ne pouvant remporter une seule des impulsions posées à ERC, ses détracteurs raconter. Et ces mêmes sources se souviennent comment le secrétaire général du parti a fini par oindre Pere AragonsPrésident après avoir renoncé aux négociations pour l’investir, comment il a tenté en vain d’imposer les membres de la table des négociations et s’est retrouvé humilié par le chef de l’exécutif, qui a expulsé Junts du forum, ou comment il a dû finir par s’entendre sur les budgets conçus par Jaume tourner avec le commun en écartant ERC du CUP même au prix d’enterrer la majorité séparatiste au Parlement ; ces fameux 52% qui ont tant de fois revendiqué le mouvement d’indépendance comme une étape franchie lors des élections régionales du 14 février.

Entre accusations de vanité excessive et manque de loyauté, le toujours secrétaire général des Junts a annoncé il y a une semaine qu’il quitterait ses fonctions pour permettre à un nouveau chef de prendre les rênes du parti lors du congrès qui se tiendra en juin. Le destinataire anonyme des reproches était la présidente du Parlement, qui aspire à un poste de responsabilité dans la formation après avoir échoué en tant que candidate à la présidence de la Generalitat dans sa main dans la main avec Aragons.

Marche de Puigdemont, clé

Le rôle de Borrs dans Junts sera déterminé par une décision préalable de Puigdemont. Le fugitif envisage depuis des mois de quitter la présidence du parti pour se concentrer sur son combat judiciaire – la justice européenne s’appliquera le 14 juillet aux eurorders pour l’extrader – et sur le développement du Consell per la República, l’organisme paragouvernemental entité dont il menace de promouvoir une nouvelle déclaration unilatérale d’indépendance sans attendre l’aval du Gouvernement, du Parlement ou des partis sécessionnistes.

Si Puigdemont finit par abandonner son rôle organique dans la formation, le président du Parlement aspirerait à le relever, laissant à Turull la voie libre pour occuper le Secrétariat général à la place de Sánchez.

Ce tandem satisferait les deux grands drapeaux du parti, mais la bataille fratricide pourrait être servie si Puigdemont finit par choisir de rester président des Junts.

Dans ce cas, Borrs prévoit de disputer Turull pour le secrétaire général, ignorant Sánchez, qui a annoncé son départ exigeant une liste unique qui permettrait unir le parti avant les élections municipales de 2023, qui apparaissent comme un rendez-vous crucial pour Junts. Après avoir perdu les élections régionales au profit d’ERC, renforcer l’implantation territoriale de la formation en reprenant les mairies que détient encore le PDeCAT semble clé pour sa stabilité politique et économique.

Gir, attendant sa chance

Un débat différent et encore lointain est celui du prochain candidat à la présidence de la Generalitat. Contre Borrs qui se répète – cette fois sans Puigdemont en tête de liste -, c’est sa situation procédurale compromise : une condamnation le lui rendrait impossible, peu importe à quel point l’argument de Junts défend que ce sont les égouts de l’État et non la corruption qui menace la carrière politique du président de la Chambre catalane.

Turull n’a pas non plus d’affiche exceptionnelle pour affronter Aragons aux urnes. Son passage en prison et devenu martyr sur 1-O n’a pas réussi à effacer de son dossier les liens évidents avec l’ancienne Convergence, ceux qui font fuir l’électeur le plus antisystème de Junts, celui qui avoisine le CUP, qui a trouve refuge dans le projet politique anarchique et populiste de Puigdemont.

Et là pourrait se forger la dernière revanche de Sánchez, qui a présenté Gir comme ministre de l’Économie et se prépare maintenant à manœuvrer pour le promouvoir comme candidat à la présidence de la Generalitat au détriment de Borrs. Déjà considéré comme l’homme fort des Juntes au Govern -devant le vice-président Jordi Puigner-, Gir offre un profil managérial qui se fait rare dans le parti et de plus en plus recherché par l’électorat indépendantiste, comme en témoigne son soutien à Aragons le 14-F. Toujours en attente d’acquérir du militantisme, le ministre de l’Economie ne prendra pas parti au congrès de juin avec pour objectif de s’imposer prochainement comme candidat de consensus.

★★★★★